4 mars 2026 France-Pologne, un chemin commun

Je me suis ensuite rendue à Łódź. Je suis la petite-fille de Kalmann Braun, né ici.
À neuf ans, seul et pieds nus, il fuit cette ville, traversa l'Europe et s'installa à Vienne puis à Nancy. Quand le nazisme menaça la France qui l'avait accueilli, il prit les armes pour la défendre et il survécut à la guerre. Sa famille, elle, resta à Łódź. Enfermée dans ce qui fut l'un des plus grands ghettos d'Europe, affamée, déshumanisée, puis conduite jusqu'à ce quai en
direction d'Auschwitz. Vingt-huit vies, ses frères, ses sœurs, ses neveux, ses nièces, dont aucune ne survécut.
Mon grand-père n’a appris leur sort qu’après la guerre. Il n'en parlera presque jamais. En me rendant sur ce quai la semaine dernière, j'ai pu mesurer ce que signifie l’effondrement d’un État de droit, ce que produit la banalisation de la haine, ce que coûte l’indifférence des démocraties lorsqu’elles renoncent à se défendre.
Je suis venue ici pour me souvenir. Et pour ne jamais oublier ce que nous devons continuer à faire : défendre l'État de droit, combattre la haine, protéger nos institutions. Pour que jamais, sur ce continent, un quai ne redevienne le point de départ vers l’abîme.