4 mars 2026 France-Pologne, un chemin commun

Les parlements sont les gardiens des engagements que nos nations prennent ensemble. En visite officielle à Varsovie le 27 février, j'y ai rencontré les présidents du Parlement polonais Włodzimierz Czarzasty et Małgorzata Kidawa-Błońska. Ensemble, nous donnons toute sa force au Traité de Nancy signé en 2025, notre accord d'amitié et de coopération renforcée sur la défense commune, l'énergie nucléaire et l'économie.

Je me suis ensuite rendue à Łódź. Je suis la petite-fille de Kalmann Braun, né ici.
À neuf ans, seul et pieds nus, il fuit cette ville, traversa l'Europe et s'installa à Vienne puis à Nancy. Quand le nazisme menaça la France qui l'avait accueilli, il prit les armes pour la défendre et il survécut à la guerre. Sa famille, elle, resta à Łódź. Enfermée dans ce qui fut l'un des plus grands ghettos d'Europe, affamée, déshumanisée, puis conduite jusqu'à ce quai en 

direction d'Auschwitz. Vingt-huit vies, ses frères, ses sœurs, ses neveux, ses nièces, dont aucune ne survécut.
Mon grand-père n’a appris leur sort qu’après la guerre. Il n'en parlera presque jamais. En me rendant sur ce quai la semaine dernière, j'ai pu mesurer ce que signifie l’effondrement d’un État de droit, ce que produit la banalisation de la haine, ce que coûte l’indifférence des démocraties lorsqu’elles renoncent à se défendre.


L'Europe n'est pas née d'un idéal abstrait, elle est née de ces quais, de ces silences, de ces absences. Si la France et la Pologne ont choisi de construire ensemble un destin européen, c’est parce que nous savons où mènent le repli nationaliste, l’antisémitisme, la négation des faits et l’érosion des libertés publiques.
Je suis venue ici pour me souvenir. Et pour ne jamais oublier ce que nous devons continuer à faire : défendre l'État de droit, combattre la haine, protéger nos institutions. Pour que jamais, sur ce continent, un quai ne redevienne le point de départ vers l’abîme.