Asile, immigration, intégration : mon intervention à la Tribune de l’hémicycle

Je me suis exprimée hier, lundi 16 avril, à la tribune de l’hémicycle, lors de la discussion générale sur le projet de loi sur l’asile, l’immigration et l’intégration, présenté par le Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur, Monsieur Gérard Collomb. Retrouvez ci-dessous la vidéo du discours, ainsi que le texte.

 

 

Texte du discours [Seul le prononcé fait foi]

 

Monsieur le Président

Monsieur le ministre d’État,

Madame la rapporteure,

Mes chers collègues,

Nous y voici. À l’orée d’un débat parlementaire attendu. Nous avons rendez-vous avec un sujet grave et important : il est question d’une rencontre de la France avec le reste du monde.

Oui, nous devons avoir à l’esprit que, lorsque l’on parle de l’asile et des migrations, nous parlons de nous, nous parlons des autres.

À ce stade de la discussion, Monsieur le ministre, madame la rapporteure, mes chers collègues, j’ai à cœur de vous rappeler trois points. Trois points qui forment une ligne d’horizon, que nous ne devons jamais perdre de vue.

Premièrement, l’asile est un bien précieux. Il nous vient de loin, du fond de notre histoire, il prit la forme en 1793 d’une garantie constitutionnelle pour les étrangers bannis de leur patrie pour la cause de la liberté. Le monde d’aujourd’hui n’a pas moins besoin, hélas, de combattants de la liberté. Le droit d’asile, c’est la France. Protégeons-le.

Deuxièmement, l’immigration nous concerne tous. Sur trois générations, un Français sur quatre a une ascendance étrangère, un sur trois si l’on remonte aux arrière-grands-parents. Pour ma part, deux générations suffiront, et certains en commission ont fait allusion à une histoire plus proche encore. Nous sommes tous, ou presque tous, des enfants ou des petits-enfants d’immigrés.

Troisièmement, l’immigration est une richesse. Des histoires se croisent et s’entrecroisent, des traditions se rencontrent, des cultures se découvrent, des couleurs se mélangent. Cette diversité est une chance. Une chance pour chacun de nous car elle nous prémunit contre l’immobilisme. Une chance pour la France qui se grandit en s’ouvrant au monde.

Le sujet pourrait donc sembler simple. Il ne l’est pas. Il touche à l’humain. Il est donc, comme l’humain, d’une infinie complexité. Et à ce titre, il ne peut se satisfaire de la caricature.

Il n’y a pas, d’un côté, les défenseurs d’une humanité sans bornes, et de l’autre, une administration froide qui ne réagirait qu’aux chiffres.

Il est par contre des équilibres que même le cœur ne peut nous faire négliger.

L’asile est en danger s’il est détourné de son objet. Et c’est le cas. La crise est dans les chiffres : 100.000 demandes en 2017, +50% en 5 ans. Elle est dans les procédures aussi : plus d’un an d’instruction, un taux de protection d’un tiers environ, et que deviennent les autres ? J’ai vu aux Restos du Cœur des familles vivre plusieurs années dans un hôtel social, vous en parlez Monsieur le ministre. Ils cuisinaient au fond d’un champ sur un réchaud protégé du vent par un carton. Peut-on le tolérer ?

Les migrations sont moins belles lorsqu’elles sont exploitées. C’est le cas, encore une fois. Les passeurs font miroiter des rêves qui ne sont qu’illusions et, au final, vampirisent ces populations en danger. Les femmes et les enfants deviennent des proies dont nos regards ne peuvent se détourner. J’ai vu à Agadez, au Niger, des enfants dessiner des naufrages.

L’intégration ne peut pas être qu’une profession de foi. Elle demande des moyens. Et nous n’en avons pas suffisamment aujourd’hui. J’ai vu au Mesnil-Amelot des personnes prêtes à renoncer à leurs droits, pour une vie meilleure que nous ne pouvons pas leur offrir.

Il est normal qu’il y ait, en chacun de nous, des idées qui s’entrechoquent. Moi-même je vous ai souvent dit, Monsieur le ministre à quel point la question des mineurs me préoccupait. Depuis des mois, nous débattons. À deux, à trois ou à cinquante. En commission des lois, au fil de nos 28 heures de réunion, toutes les sensibilités ont pu s’exprimer.

Je les ai entendues. Je peux comprendre les doutes.

Mais le temps est venu de participer ensemble à une volonté commune. Quelle est cette volonté ? Vous nous invitez, Monsieur le ministre, à garantir le droit d’asile et mieux maîtriser les flux migratoires. Il le faut. À réduire les délais d’instruction des demandes d’asile ? C’est essentiel. À nous donner les moyens d’intégrer ceux qui ont vocation à vivre parmi nous ? Nous serons à vos côtés. À lutter contre les réseaux et éloigner davantage ceux qui ne peuvent rester ? C’est nécessaire. À rechercher des coopérations au-delà de nos frontières pour faire diminuer la pression migratoire : c’est indispensable.

Je le pense : cette politique globale que nous menons est à la hauteur des enjeux. Elle nous permet de faire face à la crise migratoire sans renier nos idéaux. Je vous invite à la soutenir !

Je vous remercie.

 

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